Natalia Zvereva

Natalia Zvereva



C’est en Syldavie que Tintin rencontre pour la première fois la Castafiore qui donne un concert à Klow. Ne serait-ce pas le festival « Invita Maria Biesu » de Chisinau ? Je vais vous livrer un secret de polichinelle Monsieur Patrick Lowie, croyez-moi, Hergé, en parlant de Syldavie, décrivait la Moldavie. Un verre de liquide infect à la main, je réponds que ce ne sont que des rumeurs. Rien que des rumeurs. Puis je lance : Je ne suis pas un voïvode. Je vous laisse, je m’évapore. Je suis agacé par cette femme maladroite et particulièrement laide qui, lors d’un cocktail low cost d’une exposition insipide d’une culture d’État vide en plein cœur d’une capitale inconnue et lointaine, m’importunait de ses valeurs presque indécentes. En sortant du palais, je me dis Car la vie est un bien perdu quand on ne l’a pas vécue comme on aurait voulu. (1), un jeune homme s’approche de moi et se présente : Je suis Mihai Eminescu. Un frisson ébranle mes sens, la peau, un désir. Accompagnez-moi dans ce jardin. J’ai des mots à vous avouer. Mihai m’impressionne : sa beauté, sa voix, son regard de vrai poète et ces mots : Vous êtes devenu, l’idéal perdu dans la nuit d’un monde qui n’est plus. Il me prend par le bras et m’emmène d’un pas timide. Ne vous méprenez pas, mon pas est chancelant, on vient de me diagnostiquer la syphilis. Voilà, dans ce rêve anachronique, j’aimerais vous léguer mon romantisme, je vais mourir. Les mots sont des bactéries, responsables de manifestations variées. J’aimerais que vous retrouviez vos plus élégantes, sombres, essentielles formules. N’ayez pas peur du romantisme. Soyez romantique Patrick Lowie, vous verrez que tout va se ré-révolutionner dans très peu de temps. Retournez au palais. Montez au deuxième, vous allez rencontrer Natalia Zvereva, elle a quitté la Moldavie à dix-neuf ans, elle est passionnée par les langues et les cultures étrangères, elle rêvait de voyager et de partir au-delà des frontières. Ce n’était pas simple à l’époque. Écoutez-là bien, elle va vous raconter une histoire qui va bouleverser vos « Chroniques de Mapuetos ». Le romantisme s’évapore aussi parfois dans ce breuvage infâme du quotidien. Elle est Luxembourgeoise maintenant. Un orage s’étire dans le ciel, des gouttes d’eau tâchent mon costume en lin. Mihai n’est plus là. Je cours vers le l’immense bâtiment entre les gouttes d’or. Au palais, les Gardes d’Acier tentent de m’empêcher d’entrer dans le hall puis de monter au deuxième étage. Après un long couloir décoré comme au XIXème siècle, je pénètre dans une chambre sans fenêtre en forme de long tunnel. Natalia Zvereva est assise sur un lit métallique. Une autre femme lui présente ses amis dont les visages apparaissaient comme des bulles de savon. Elle me voit entrer et me dit : venez, venez, Patrick Lowie… Mihai Eminescu m’a prévenu de votre visite. Puis me glisse à l’oreille : je sais que mon amie est heureuse. Asseyez-vous ici à mes côtés. Je vais vous aider à développer vos talents, c’est mon job. Fermez les yeux et tuez votre enfant intérieur. Vous l’avez trop écouté. Il est temps de tuer ce jumeau incompétent. J’observe Natalia Zvereva et derrière son sourire je découvre la face cachée de Mapuetos, je vois aussi enfin le visage de Marceau Ivréa couché comme un adolescent devant la montagne fictive de sagesse.
(1) Mihai Eminescu

Voir en ligne : Le site pro de Natalia Zvereva