Jaki Vlaovic

Jaki Vlaovic



Jaki Vlaovic est Française, mi-Hollandaise mi-Serbe, première Française de son arbre généalogique, elle vit son œuvre au noir, nourrit son âme de designer à Libreville au Gabon. Je lui dis : dans le rêve aussi ? Je l’observe ramasser des feuilles, c’est l’automne. C’est plus fort que moi me dit-elle. Elles s’accumulent dans un recoin de ma vie. Je me dis à chaque fois que je vais les jeter mais je n’en fais rien. Je compte les saisons mortes. Je me demande ce qu’elle en fait et comme si elle écoutait la mélodie de mon for intérieur, elle me dit : rien, je les laisse là, dans le coin.

J’avais hésité avant d’entrer dans sa galerie éphémère, mes dernières semaines ont été tumultueuses, violentes, et j’avais perdu mes sensations, dons, mon magnétisme intérieur, ne sachant plus si j’étais dans un cauchemar ou dans la réalité. Libreville, Libreville. Étrange nom pour une citée. Je me présente, Patrick Lowie, expert-comptable…. Non, je plaisante, je ne suis expert en rien. Je me permets juste d’entrer dans votre songe, d’apparaître un peu comme la poussière, comme le vent dans vos peintures, nous ne nous connaissons pas, je suis dans la ville depuis quelques jours pour cette affaire de gris-gris suspendus au plafond de la maison de la vieille dame, vous savez, tout le monde en parle ici. Ils sont très beaux vos galets en bois d’Okoumé. Jaki Vlaovic prend des feuilles qu’elle se met devant le visage, se cache, puis réapparaît. Ça me fait rire. J’ai même un fou rire. Cette scène me rappelle un film de Léos Carax.

La galerie est spacieuse, j’observe tout. Je peux ? Elle me fait un signe affirmatif et je m’assieds sur un tabouret en bois, rouge clair, en pagne jaune. Vous savez qu’on a trouvé plusieurs têtes de vipères bleues mais aussi des mâchoires de python, des asticots encore vivants, une tête de hibou, des scorpions séchés, des oreilles décollées, des pièces de monnaie, un slip, deux chauves-souris, un caméléon, une douille de balle, une corde avec dix nœuds et un cadenas dans ces paquets cousus de fils colorés ? J’aime ces histoires de fétiches, de rêves et de fantômes, les gens en ont peur mais c’est une belle forme de poésie. Avez-vous peur de la mort ? Elle me fait un signe négatif puis me dit en Afrique, nous parlons avec les morts et avec le monde invisible dans les rêves. L’instant suivant, je la vois dans le désert au bout du monde, elle marche sur un tapis roulant en plein désert au pays de lumière, elle marche, marche, elle observe le paysage cosmique, un paysage identique qui revient et qui défile identique, toujours identique, elle avance sans fin des heures durant sans avoir ni faim ni soif. A l’improviste, elle se retourne vers moi et me dit Je suis très consciente d’être vivante et je trouve ça miraculeux. Des feuilles tombent sur le tapis, des feuilles d’arbres invisibles. Juste un besoin profond d’éternité sans jamais se faire mal, dans son regard.

Voir en ligne : Le site de Jaki Vlaovic