Virgínia Rodrigues

Virgínia Rodrigues



Je sais qu'en disant ces mots, quelques amis, confrères ou inconnus me diront que je ne connais rien de ce pays, que j'en ai été amoureux certainement sans le comprendre. Peut-on, aujourd'hui, être amoureux d'un pays ? Que j'y étais attaché sans attaches. J'y ai pourtant vécu presque quinze ans. Cela n'aura pas d'importance pour eux, je n'étais, à leurs yeux, qu'un poète étranger dans un monde abandonné. On me mettra les étiquettes d'un homme que je ne suis pas, d'un ailleurs que je ne connais pas. Même si mon attitude a toujours été celle du partage, de la curiosité, de l'échange, de l'altruisme, du meilleur, de l'inutile et de toutes ses tentatives. Sans mérite, juste un immense plaisir. Même si je hais les personnes à qui on aime m'associer. Je dois avouer, et autant ne rien vous cacher, que je ne connais pas bien les langues parlées ici. C'est important, car cela signifie que je connais un autre « ici » : celui des regards, des étoiles, des sourires, des tristesses, des fronts plissés le soleil collé à la peau, des intuitions, des rires, des gestes, des tensions, des non-dits, des silences, des énergies, des rêves, des cris, des regards d'amour, des sourires qui invitent, des mouvements des corps, des mélodies sourdes de mots jamais appris, cela signifie qu'on est plus attentif, on fait fonctionner d'autres sens, l'instinct reprend sa place. Je me sens si fort aujourd'hui de repenser à tout cela. Je me dis que je reviendrai peut-être bientôt dans cet « ici » d'entre les lignes où tout aurait pu y être inventé. Pendant toutes ces années, je me suis très bien senti dans ces espaces libres. Parce que lorsqu'on est écrivain, on cherche des îles qui nous transportent dans d'autres mondes pour écrire autre chose que le temps présent. Et voilà qu'un beau matin, j'ai décidé de quitter ce pays. Le quitter réellement, définitivement. Que s'est-il passé ? Quitter, c'est comme tirer les rideaux d'un monde qu'on veut oublier dans l'espoir de renaître d'autre chose, une chose qui n'existe pas encore, en espérant ouvrir les rideaux d'un nouveau monde, dis-je d'une traite oubliant de respirer à une femme qui se promène avec moi le long des chemins. Dans ce rêve, les sentiers sont dessinés la nuit de néons bleus.

Patrick Lowie, me dit-elle, on a beaucoup trop parlé de voyages. Elle, c'est Daniela Terrile, elle qui n'oublie pas être née à Gênes en Italie, les gens entre eux ne parlent que d'elle, de ses belles visions, de sa façon de coacher les étudiants, une motivatrice belle et percutante. Au bout du chemin, où nous allions sans but, nous tombons sur une maison sans étage. Une maison vide qui ne me rassure pas, aux fenêtres très larges, une maison en forme d'église. On entre et elle me dit : Patrick, fermez les yeux ! Nous partons pour un dernier voyage ! Je ferme les yeux et lorsque je les rouvre à sa demande, je la vois au milieu de la pièce, debout en suspension au-dessus du sol, en lévitation, à sa droite un enfant, venu de nulle part, un enfant très beau, aux cheveux roux et bouclés, les jambes accrochées au plafond, la tête en bas, a-t-il déjà six ans ? Ils ne disent rien, je vois l'étonnement de la femme, l'enfant n'était pas prévu dans son voyage énigmatique. Elle doit se demander comment est-il arrivé là et comment faire pour le décrocher du plafond. Elle se demande peut-être aussi si ce garçon ne serait pas son fils. Je la vois partir puis revenir puis repartir puis revenir avec une échelle et le faire descendre. Ne vous méprenez pas sur mon compte, Daniela, mais c'est ça le dernier voyage que vous me proposez ? J'espérais que nous irions au moins dans votre ville de naissance, manger les célèbres « pansoti con la salsa di noci » ! Après un rire joyeux, elle me demande de prendre la main de l'enfant et de fermer à nouveau les yeux. En les rouvrant, nous sommes dans un lieu que je ne connaissais pas. Elle me dit : nous voici au musée d’art contemporain de Teheran… asseyons-nous à la terrasse. Après un court instant, l'enfant muet nous prend la main à son tour et dit : venez, visitons cette ville que j'aime tant. A trois, nous avons parcouru des kilomètres, traverser le pont Tabiat, déambulé dans les rues de cette ville moderne, bu un thé dans la librairie du Nazdik Café, atteint la tour Azadi, nous sommes arrivés au teatr-e Shahr, épuisés mais heureux. Le garçon aux cheveux roux me dit : Patrick, est-ce moins bien que Mapuetos ? Ne sachant quoi répondre, je me suis mis à rêver et à chercher les étoiles dans un ciel moins nuageux qu'il apparaissait. Elle  dit : moi, je reste ici !


Qui est Virgínia Rodrigues ?
Adoubée par Caetano Veloso, Virginia Rodrigues est une grande dame de la musique brésilienne. Chanteuse lyrique, sa rencontre avec le répertoire des grands compositeurs afro-descendants touche profondément par sa justesse et son authenticité. Virginia Rodrigues interprète de façon lyrique absolument inattendue des chansons liées aux divinités Orixás. Les guitares acoustiques, le violoncelle et les percussions subliment son talent de cantatrice, dans lequel s’affirme un profond attachement à ses racines africaines.


Voir en ligne : https://www.youtube.com/watch?v=_-r2HdwNa0M

Photo crédit :  Ana Migliari

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