Nadia Essalmi

Nadia Essalmi



Paul Bowles a écrit : les mots, ces gouttes de silence à travers le silence. J'observe le désert. Un désert de sable, labyrinthe de tunnels invisibles, le rêve est lumineux. J'aimerais écrire des mots sur les dunes à l'encre rouge. Les écouteurs sur les oreilles, j'écoute Mozart depuis une éternité, en me disant que ça ne pourrait pas me rendre pire. Une horloge molle qui flotte dans une vague ne donne plus que l'heure virtuelle. Je m'endors et je rêve de synopsis, d'images désenchantées, de films oubliés, de lèvres qui tombent au premier baiser. Perturbé par la musique, le silence du désert, mon propre silence, et le paysage surréaliste qui semble vouloir m'immerger, j'en oublie mon rendez-vous avec Nadia Essalmi. On prend un thé au Sahara. Elle me rejoint, livres pour enfants sous les bras, pieds nus tatoués de scorpions, elle me salue et me demande si je vais bien. Je lui réponds : Je vais tout à fait bien. C'est ce qu'on est toujours censé répondre, mais je ne le pensais pas. Le thé donne parfois le goût inachevé du monde, le monde extérieur m'échappe, une brusque montée, un soupir, une nausée insurmontable, tout me piège dans un monde où l'existence n'est plus qu'une parodie. Elle me dit : Quand un éléphant est en difficulté, une grenouille en vient à bout. Je lui raconte que j'ai écrit un conte pour enfants : Faouzi Ier et le tigre royal du Bengale. Je lis des passages, elle fixe l'horloge qui fond, comme si le temps n'était qu'une gymnastique de secondes. Elle me dit : Patrick Lowie, venez ! En arrivant jusqu'ici je suis entré dans un endroit étrange. C'est une galerie d'art. Accompagnez-moi !

Après plusieurs jours de marche, nous arrivons enfin. L'exposition dans la galerie est peu intéressante, un mélange de folklore, de banalité et de conscience vide. Plus loin, dans une arrière-pièce minuscule, on entre dans un lieu différent, immense, qui ressemble à une allée du château de Versailles. Nadia, visiblement enchantée me dit : j'ai toujours imaginé cela comme ça. Des lustres gigantesques éclairent le lieu d'une éclatante lumière blanche, comme si c'était de la lumière naturelle. Des fresques bigarrées habillent les plafonds. Des tableaux aux cadres en bois doré pendouillent aux murs des deux côtés de l’allée. Je m'approche de son épaule et lui chuchote à l'oreille : Nadia, tout cela vous appartient. Vous garderez en vous, l'éclat cristallin de la lumière. N'oubliez pas : on oublie les lustres, la lumière reste en nous.

D'un claquement de doigts, nous voici à nouveau face au désert, le thé embue mes lunettes, les scorpions tatoués s'échappent de la peau de ses pieds pour se noyer dans l'océan de sable, je ferme les yeux. J'entends ma voix intérieure. Elle rompt le silence : nous devrions peut-être reprendre, là où nous nous sommes perdus ? Qu'en pensez-vous ? Des cercles se forment dans le ciel, des mandales, des rosaces. Cette rencontre nous rapproche de l'Univers, lui dis-je, ne perdons pas le lien avec l'enfant qui est en nous. Au loin, on entend les bruits d'une révolte, la révolte des rêves, comme si le monde onirique s'épuisait à nous expliquer le sens de la vie.


Qui est Nadia Essalmi ?
Nadia Essalmi, championne du Maroc de gymnastique en 1982, devient en 1998 directrice de la première maison d'édition jeunesse au Maroc : Yomad. Diplômée de littérature française, elle enseigne la langue française à l’institut agronomique et vétérinaire Hassan II. Elle intègre en même temps une cellule d’édition au sein du même institut où elle occupera le poste de correctrice. Elle se charge quelques années plus tard de la coordination de la revue culturelle de l'Association marocaine des professionnels du livre (AMPL). De quoi la familiariser avec la profession et les professionnels du livre. Elle intéressera des écrivains marocains de renom, tels Driss Chraïbi, Abdellatif Laâbi, Abdelhak Serhane, Zakia Daoud, Fouad Laroui, Mohamed Dib, Maati Monjib, à l'écriture pour les enfants et les jeunes. Elle occupe des postes clés dans plusieurs associations. Vice-Présidente de l’Union des éditeurs marocains, Présidente de l’association L’école pour tous dont l’objectif est de rénover les écoles publiques dans le rural et le péri-urbain. Elle est également une militante sur les réseaux sociaux où elle mène un combat contre l’injustice sociale. Elle est co-organisatrice du Café littéraire au Piétri. Elle est l’initiatrice de l’activité Lire pour grandir qui consiste à faire de la lecture aux enfants gracieusement, le but étant de démocratiser la lecture et le livre. Lire pour grandir existe aujourd’hui dans plus d’une dizaine de villes marocaines. Elle a publié récemment son premier livre intitulé La révolte des rêves publié chez Virgule éditions.


Voir en ligne : http://yomadeditions.net/

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