Safaa Mazirh

Safaa Mazirh



Je me souviens quand Safaa m’a présenté ses premiers clichés en N&B avant ses premières expositions. C’était sur son ordinateur, j’essayais de me concentrer entre la musique psychédélique, les commentaires sonores du FIFA 13 sur une PSP4, les cris d’un bébé, un bracelet posé, l’appel à la prière qui couvrait d’un seul coup la ville et cette résistance intérieure à comprendre à travers les images, la souffrance, le désir, les craintes, la violence aussi d’une jeune femme belle comme un été à émouvoir, sa propre violence, son propre sadisme, son regard comme si elle était le miroir d’un monde qu’elle essayait de déchiffrer, comme si les pixels allaient la sauver d’une torpeur.

De l’autofiction, art merveilleux, à l’entre-je, il y a, dans les photographies de Safaa Mazirh une introspection du corps, de la peau, des nerfs de la peau, de l’intransigeance à être soi dans le je. Mais il y a aussi cette peur du surnaturel, de l’au-delà, de Dieu, au point de l’inscrire dans chacun de ses autoportraits aussi flous que le désir de tout montrer sans rien faire voir. Au point de se transformer en masque Ibibio parlant ou d’entrer en transe. J’essaye de lui expliquer cela dans le labyrinthe bien gardé de la médina de Rabat, essayer de lui faire comprendre qu’il n’y a rien à craindre de ce qu’on a fait même si c’était des bêtises. Elle me raconta son rêve : lorsqu’elle était enfant, elle avait cinq ou six ans, et une boule de feu la suivait, elle courait le garou à n’en plus finir, elle avait peur d’être tuée par cette boule, persuadée que cette boule de feu était Dieu et qu’elle avait fait des choses qu’elle ne pouvait pas.

C’est alors, que je lui ai dit : Viens, je vais t’emmener chez la femme à clous. Tu vas me photographier pendant qu’elle enlève mes propres phobies, mes propres maladies. Tu verras que le jeu de miroir va fonctionner à merveille. En enlevant mes peurs elle enlèvera les tiennes. Elle n’était pas très convaincue de ma proposition, arrivés devant la maison de la femme à clous, on découvre que la porte était définitivement clouée elle aussi. Je regarde par le trou de serrure et je vois des poupées entassées, des poupées nues, laides mais belles, au regard diabolique, des bébés-enfants projetés dans un miroir brisé. La lumière semblait passer par d’autres ouvertures dans cette cachette mystérieuse. Safaa me tira du bras en me disant : On part d’ici, c’est trop dangereux ! Comme quatre enfants, je voulais rester et au fond d’elle, elle voulait rester aussi.

Mais la lumière devint plus intense à en devenir une boule. Et je me vois, je nous vois, gamins, courir comme des chats effrayés à la vue d’un concombre. Au réveil de ce cauchemar digne d’un Alfred Hitchcock présente, je pensai à une seule chose : Safaa, au lieu d’être effrayée par l’au-delà, elle devrait puiser les forces vitales de son regard dans les cieux, se nourrir d’inspirations divines, d’esprits supérieurs, pour révolutionner l’art photographique.

Voir en ligne : Le site de l’artiste