Frédérique Longrée

Frédérique Longrée



Cher Monsieur Lowie, il faut que je vous dise présentement quelque chose d’essentiel : j’ai rêvé de vous. La semaine dernière, dans un de mes rêves, je marchais en silence dans un parc à vos côtés. Nous étions seuls vous et moi. Véridique.

Les rêves sont bien étranges, en tous les cas moi je ne me souviens pas de cette promenade onirique et silencieuse. Par contre, chère Frédérique, toi qui est si curieuse, toujours à la recherche de compositions photo-visuelles intemporelles et numériques, belles et dérangeantes, toi qui est né en Belgique mais qui vis de ton plein gré à Genève, ville pourtant si propice au bonheur, toi qui semble aimer ces mélanges rock et poésie, pourquoi pas punk tant qu’on y est, toi qui te sens encore et toujours dans un œuf, toi qui a créé la fête du childfree, des non-parents, on avait tout fait pour te dissuader de quitter notre groupe, tu as pris cet autre chemin, l’ascension fut difficile, le panneau au sommet de la montagne indiquait bel et bien la coupe en cristal de dieu, puis le temple, les pierres qui changent de couleur, et ton envol pour quitter cette montagne magique, ton survol des champs de magnolias en fleurs…. Bref, on t’avait supplié de rester avec nous dans le groupe mais tu n’en as fait qu’à ta tête.

Tu voudrais donc, après avoir pris tant de temps à te décider de traverser le pont, de retourner encore là-bas ? Mais combien de fois va-t-on te le répéter ? Frédérique Longrée est assise sur une case noire du damier. Elle est à la place de la Reine. Elle me dit d’écouter ça en m’allongeant un CD de David Sylvian que je connaissais déjà. Je lui dis qu’une de ses photos que je préfère s’intitule Claustrophobie, photo parfaite, inquiétante, presque angoissante même. Elle m’a dit Vas-y ! Entre dans ma photo, je t’en prie ! Il ne m’en fallait pas plus pour m’avancer, écarter le rideau bordeaux gaufré digne des décors de Métropolis. Toucher le papier peint qui me rappelle mon enfance, avancer doucement pour ne pas interrompre la méditation du monsieur avec son chapeau blanc.

Ah oui, j’oubliais de vous dire que Frédérique m’a fourni ce qu’on appelle en Suisse des brucelles en me disant Ça pourrait te servir. Le monsieur me tourne toujours le dos. Je m’approche. Encore. Encore. Encore. Il se retourne, et effectivement, l’homme au chapeau blanc n’est qu’une boule de poils. Je ne l’ai jamais dit mais voilà : je suis très pogonophobe. Pire même, ma phobie accompagne une obsession qui consiste à arracher les poils un par un. J’étais quand même attiré par ce vide que l’homme au chapeau regardait en-dessous de l’échelle. Au fond du couloir, il n’y avait que des crânes comme dans la chapelle des os d’Evora. En sortant de la photo, je regarde Frédérique et je lui dis : Es-tu bien sûr que c’était un parc dans ton rêve ? N’étions-nous pas dans un cimetière ?

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