Gioia Kayaga

Gioia Kayaga



Dans ce rêve stupide, j’étais en train de chialer comme un enfant au bord d’une piscine vide. Avant, j’étais allé au supermarché. J’y avais croisé un amour ancien et peu glorieux qui, en me voyant, m’a fait un large sourire puis m’a fait comprendre de ne pas m’approcher de son corps. Éviter les liens. Peur d’être mordu, j’ai reculé, je suis revenu et je chiale au bord de la piscine vide. Je ne sais plus trop où j’en suis : Haïti, Pyongyang, Bornéo, Soyons, Namur ou Mapuetos… Pas de tram 25 au bord de la piscine vide. Se pendre ou chialer dans la piscine vide ? Quelle idée ! Je me lève, encore une affaire classée. Je porte la peste sur ma veste. J’entends une jeune et très belle femme parler au téléphone, de l’autre côté de la piscine vide, une flûte de champagne dans l’autre main : que n’aurais-je pas fait pour lui ? Je te raconte mon rêve de cette nuit ? Imagine la scène : je suis au lit, dans la case en terre battue. Je ferme les yeux et je suis dehors, pieds nus devant la tombe, juste à côté de la maison. Le vent souffle fort. Il est là, il est partout autour de moi. Il parle beaucoup. Il me raconte. Il veut que j’écoute tout. Il a eu peur, trop peur, il a pensé très fort à tout ce qu’il n’avait pas terminé. Il est heureux de me voir là avec mes pieds sales, à dormir avec les souris dans la case. Il m’attendait. Elle avait un beau visage, un beau paysage qui se livre, qui s’ouvre, se déploie, s’offre au monde comme un champs d’arum. Le mystère de son visage est révélé par une lumière blanche, tranchée, une lumière abondante. Elle termine sa conversation, me salue et me serre la main molle.

Elle me dit : je passe mes journées à cuisiner, écrire, lire, fumer, faire l’amour, regarder des films, méditer et nager dans la piscine vide. Je lui réponds : Vous lisez quoi ? Son regard sensible, elle me lance : Vous avez pleuré ? Tenez un mouchoir. En gros, Patrick Lowie, je viens de lire votre Marrakech, désamour. Je lui demande de ne pas parler de ça. Qui êtes-vous ? Mais qui est-elle ? Mon nom est Gioia Kayaga. J’étais confus de ne pas avoir reconnu la slameuse, performeuse, auteur belge. Vous avez une drôle d’odeur, me dit-elle. Je lui réponds que c’est l’odeur rance de mes voisins qui, plongés à longueur de journée dans leurs préjugés, font échapper une odeur nauséabonde qui depuis quelques jours s’accroche à mes vêtements, la peste. C’est là que tout a commencé : elle chante sans vouloir se faire entendre les liens que l’on croyait éteints ne sont jamais perdus car il existe des chemins que personne ne soupçonnait plus. Des gouttes d’eau fraîche me caressent le cou mais le ciel est bleu, la piscine est vide, ces gouttes sortent de mon corps. Un voilier tourne en rond dans la piscine vide.

Qui est Gioia Kayaga ?
Lauréate du Prix Paroles Urbaines 2013, Joy ou Gioia Kayaga est l'un des fleurons de la scène slam belge. 50% Belge, 25% Italienne, 25% Burundaise, Gioia Kayaga est une jeune slammeuse et écrivaine originaire de Namur et installée à Bruxelles, où elle s’est fait une place sur la scène slam de la capitale, grâce notamment à son spectacle Tram 25 devenu depuis un livre et un album.



Voir en ligne :
Tram 25, de Gioia Kayaga
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