Bilal Faris

Bilal Faris


Le rêve est bleu. Le ciel se couche dans la mer comme un homme qui ne se couche plus dans un lit que pour rêver. Les ondes de la mer. La carte postale onirique est parfaite. Au loin, avant la dernière vague, un jeune homme nage pour oublier ou pour se construire, il nage, nage, jusqu'à sa dernière limite. Peut-être à la recherche d'un autre monde ou d'un autre lui. Je demande à un vieux pêcheur : c'est qui le jeune homme qui nage là-bas ? L'homme édenté me répond : c'est le fils de la mer. Surpris, hypnotisé par le magnétisme de l'eau, j'avance avec ce désir jusqu'à mes propres limites, il fait demi-tour, revient vers le rivage, sort de l'eau.

Bilal Faris
Il me voit, se rapproche encore, ouvre la main et me dit : Patrick Lowie, j'ai trouvé ceci pour vous. Je les ai trouvé au fond de l'océan : il y a une pierre qui représente la longévité, une la santé, une autre l'amour et la quatrième la richesse. Je me retourne, effrayé par cette rencontre, par ce qu'il avait dans la paume de la main, comme s'il me connaissait déjà, je me retourne et il n'y a plus de rivage, nous sommes sur une île de sable, la ville a disparue, le pêcheur volatilisé. Je lui demande son nom, il me répond : Bilal Faris, je suis le fils de la mer. Il garde son bras tendu, la main asséchée et ouverte au-dessus d'une planche en bois, les quatre pierres en offrande. Il regarde mes yeux et me dit : c'est bizarre, vos yeux sont tellement bleus, le même bleu du ciel, comme si vous aviez le ciel dans vos yeux. Vous avez le ciel dans vos yeux ? C'est beau des yeux bleus. Ce sont des trous ? Il s'approche puis met ses doigts dans mes orbites et déplace les nuages. Prenez les pierres, ouvrez votre main. Voilà. Ne perdez rien, mettez-les en poche. Je lui demande : que signifie Bilal ? Il me dit que Bilal c'est l'eau, cette même eau qui nous arrive maintenant jusqu'au cou. Nos limites se mélangent comme par excès de confiance. Nous ne parlons pas la même langue mais nous sommes dans un même rêve. Qui suis-je si vous êtes le fils de la mer ? Il me sourit puis me dit : vous savez nager ? Allons à Mapuetos ! Le soleil se couche en nous oubliant sur l'île de sable, la voix de Moses Sumney enveloppe la nuit. Les étoiles nous surveillent. Il me guide. Après quarante jours et quarante nuits de nage, nous arrivons à Mapuetos. Comment connaissez-vous cet endroit ? lui dis-je. Il garde le silence. Je ne ressens aucune fatigue, au contraire. Il se retourne et me lance : vous avez fait la promesse tacite de me suivre, acceptez cette soumission, lâchez prise, là nous sommes où vous rêviez aller, faites-moi confiance. Notre rencontre était inéluctable, depuis quelques temps, lorsque je suis dans la ville, des chiffres apparaissent comme des anges gardiens, 11:11 sur le cadran de mon téléphone, 22:22 sur la montre de mon frère, des dizaines de fois, partout, c'était drôle au début puis je me suis dit que cela devait bien me raconter une histoire. Avant notre rencontre, lorsque je nageais, j'ai jeté un dernier coup d'oeil à ma ville et je vous ai vu. J'ai fait demi-tour. Je partais je ne sais où, fils de la mer je pourrais moi aussi m'abandonner sur une vague. J'avais compris que vous étiez l'homme de Mapuetos. On m'a beaucoup parlé de vous. La ville ne parle que de vous mais vous ne vous en rendez pas compte. Vous pensez ne pas être vu sauf que vous n'êtes pas invisible. Beaucoup vous aiment, d'autres vous détestent, ils ne sont pas dans vos rêves.

Mapuetos est une zone désertique, le volcan Imyriacht est là, invincible, cracheur de mots, cracheur de nuages, cracheur d'amour. Bilal Faris, fils de la mer, homme réservé, discret voire timide, très beau et grand séducteur, s'arrête de marcher un court instant et me dit : j'apprécie beaucoup les rapports humains. Il y a un semeur de conscience sur cette route, j'aimerais vous le présenter. Je me laisse emporter vers cette nouvelle rencontre. Le semeur de conscience se présente : je m'appelle Christophe Richart Carrozza, il nous propose de nous asseoir, tous les deux torses nus, les vêtements arrachés par la mer, il nous dit : qu'avez-vous rêvez hier ? Bilal Faris répond qu'il ne se souvient jamais de ses rêves. Le semeur de conscience, que j'avais déjà vu dans un autre rêve, lui répond : vous n'allez donc jamais vous rappeler de tout ceci ? Bilal remue la tête de gauche à droite en signe de perplexité. L'homme barbu assis au milieu d'une pièce ronde me pose la même question, je lui réponds : je me souviens de tous mes rêves, je rêvais même en nageant, je me souviendrai donc de celui-ci. Hier, j'ai rêvé que des blattes entraient et sortaient de ma bouche pendant que je dormais. Il m'observe d'abord en silence, long silence, puis me dit : avaler des blattes pour mieux les recracher. C'est l'expression d'une douleur sourde qui empêche la rage intérieure de s'exprimer. Je vais griller soixante-dix-huit sauterelles, vous allez les mettre en bouche, les avaler, boire un litre de lait par dessus puis vomir proche du volcan dans un trou, ensuite vous allez planter par-dessus une plante fleurie. Lorsque vous aurez terminer, je placerai Bilal devant le mur rouge des interprétations, voici un t-shirt jaune cher Monsieur, vous allez recracher ce que votre ami a dans l'âme.

J'obtempère, j'avale les sauterelles, je bois le litre de lait, je vomis dans un trou proche du volcan, je referme le trou, je dépose une plante fleurie. J'observe Bilal devant le mur rouge des interprétations, je le vois avec une fumée blanche qui lui sort de la bouche, comme si le fils de la mer s'était transformé en dragon. La beauté des dragons. Le semeur de conscience demande l'heure à Bilal qui répond : il est 88h88. Les quatre infinis. Je pense que je ne me souviendrai jamais de ce rêve. Est-il possible de vivre à Mapuetos ? S'installer ici ? Je remue la tête de haut en bas en signe d'approbation. Le semeur de conscience nous accompagne et face à une étendue d'eau, d'arbres et de sable, nous dit : vivez ! Croyez-moi, Mapuetos est assez grand pour tous vos projets oniriques !

Le rêve est bleu. Les ondes de la mer. Une dernière vague.

Qui est Bilal Faris ?
Bilal Faris est né à Casablanca en 1997. Il est chef de rang dans un restaurant.



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Photo crédit : Patrick Lowie

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