Laetitia Armange

Laetitia Armange

weberber



C’est un de ces soirs émotif où, les mains dans les poches trouées, j’ai envie ne plus rentrer chez moi, besoin de traîner les pieds dans la nuit. Je regarde l’heure il est 3H20. Je traverse les terres noires loin du brouhaha des boîtes de nuit, loin des faux-semblant, loin des musiques vintages qui ne font danser que parce qu’elles nous rappellent quelque chose de lointain en nous, loin des lumières de la ville, des fantômes aux ombres blanches, des brochettes d’animaux séchés. Je sais qu’il est 3H20 et au fur et à mesure de cette ballade aventureuse je constate qu’il est toujours 3H20, qu’il est tout le temps 3H20. C’est la pleine lune. Dans mes bras, une petite fille de trois ans, Luna. On entend des chiens aboyer. Je reconnais les grognements d’un Grand Danois, léger avertissement. La lune grossit.

Éclaire. Dans ce rêve digne d’un film, je sens en moi les palpitations d’un jour nouveau. J’aimerais être calme, écouter ce cœur battre violemment mais au calme. Toucher du bout des fins doigts ses mouvements et ses résonances, bruits de tam-tam sur une vieille peau. Laetitia Armange, nous a donné rendez-vous à 3H20, dans la maison d’un couple d’amis. On n’a jamais trouvé la route, jamais trouvé le chemin, jamais trouvé les empreintes, dans le rêve je ne savais même pas ce que je faisais là. On entend un homme-fleur chanter Si tu penses à moi, je me retourne, il est allongé sous un palmier, il observe en haut, les fruits dorés, la lune peut-être, les étoiles ou plus haut encore. De silences en silences, nos pas se mêlent, nos ombres s’immergent, Luna plonge dans mes coulées d’amertume pour disparaître. J’arrive enfin au bout d’une route, je vois la maison, je vois Laetitia, la lune sous le bras. Derrière une baie vitrée, des femmes allongées, méditation, improvisation, déclamation, Laetitia mène la troupe avec douceur et fermeté, toujours l’âme de faire bien, tout un art.

Et là, dans un moment de magie parfaite, je la vois se dédoubler, les chaises se retourner, les murs s’échanger, les livres s’agripper, les bougies s’allumer. Apeuré, je cherche une cachette pour me faufiler. Patrick Lowie, restez avec nous, me dit-elle, ne fuyez pas. Tout ceci n’est qu’illusion. Je me relève, lentement, encore effrayé. Je lui dis : je ne sais pas si je suis en retard. Ma montre s’est arrêtée à 3H20. Calmement, elle me répond : Ne me regardez pas avec ce regard. J’ai constaté que vous fronciez les sourcils fréquemment et que vous penchiez la tête sur le côté gauche. Où est Luna ? Je réponds : Pourquoi m’avoir invité dans ce rêve à 3H20 ? Assise dans le vide, sans appui, elle me dit : Parce que 3H20, c’est l’heure de ma naissance. Je voulais que vous assistiez à ma renaissance, ma reconversion. Je vais travailler dans le cinéma. Et à la façon d’un clip de Solange elle se détache du mur et danse et chante dans des espaces d’une éclatante beauté, démesurés, à la voix onirique et mélancolique. Psychomagie.

Ce texte a été publié entre 2h20 et 3h20 dans la nuit du 29 au 30 octobre 2016 au moment du passage de l’heure d’été à l’heure d’hiver. C’est-à-dire durant une heure qui n’existe pas.

Photo courtesy Maxime Armange
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